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Du 5 au 7 juin 2020 aurait dû avoir lieu la 12ème édition des Polyphonies, festival de poésie contemporaine organisé par la Maison de la Poésie de Rennes.

 

Cette édition, construite par l'équipe associative (merci à Anne-Marie, Nathalie, Candice, Pauline, Mathis et Emilien), et salariée de l'association, voulait explorer les liens qui unissent la poésie à l'écologie, par le biais de lectures, de performances, de tables rondes et d'ateliers d'écriture.

 

Le festival ne pouvant avoir lieu, nous avons décidé de vous présenter, pour chaque jour, les artistes qui étaient invité.e.s, et de vous proposer des ressources (textes, audio, vidéo) autour de leurs livres et de leurs recherches.

 

Tous les livres mentionnés sont disponibles à l'emprunt dans notre bibliothèque, et auraient fait partie d'une table de livres plus large sur le lieu du festival, tenue par La Nuit des Temps, notre librairie partenaire.

 

Nous remercions évidemment nos partenaires financiers pour ce festival, la Ville de Rennes, la Région Bretagne et la Fondation Jan Michalski, qui auraient permis à cette édition de voir le jour, et qui permettent, par la maintien des subventions, la rémunération de toutes et tous les artistes invité.e.s, malgré l'annulation.

FESTIVAL

Pierre Vinclair
Jean-Claude Pinson
Anna Boulanger
Sophie Loizeau
Eugène Savitzkaya

Polyphonies

Date
6 juin
Lieu
Maison de la Poésie de Rennes
47 rue Armand Rébillon
Tarif
Gratuit

Le samedi 6 juin était la première journée de festival, conçue à nouveau en trois temps. Après un repas convivial le midi, préparé par l'association, la journée s'ouvrait sur une lecture croisée entre Pierre Vinclair et Jean-Claude Pinson. Cette lecture était suivie d'une table ronde entre les deux auteurs. Puis, en fin d'après-midi, trois ateliers d'écriture étaient animés par Josèfa Ntjam, Anna Boulanger et Pierre Vinclair. Enfin, la soirée proposait une lecture croisée de Sophie Loizeau et Eugène Savitzkaya, suivie à nouveau d'une table ronde entre les deux auteurs.

 

1. Pierre Vinclair, Jean-Claude Pinson, lectures croisées et table ronde

Pierre Vinclair est auteur et agrégé de philosophe. Son oeuvre, déjà dense, mêle en permanence roman, poésie et essai. Il est également directeur de la collection S!NG, au corridor bleu, et de la revue Catastrophes. Pour plus d'informations, nous vous invitons à consulter son site internet.

 

Jean-Claude Pinson est philosophe et poète. Son travail récent porte sur le « pourquoi » de la poésie aujourd'hui, sur l'écologie, et les lieux (la Russie, le Caucase, Nantes). Pour plus d'informations, nous vous invitons à consulter son site internet.

 

Les deux auteurs faisaient paraître ce printemps trois livres qui nous semblaient essentiels pour interroger les liens entre poésie et écologie : Pastoral (Champ Vallon, 2020), La Sauvagerie (José Corti, 2020) et Agir non agir (José Corti, 2020). Ce lien était d'autant plus évident que les deux livres écrits par Pierre Vinclair ont été motivés par une série de textes, publiés par Jean-Claude Pinson dans la revue Catastrophes, et qui préfiguraient Pastoral.

 

La lecture croisée aurait donc été, pour Pierre Vinclair, d'extraits de La Sauvagerie et d'Agir non agir, tandis qu'elle aurait été, pour Jean-Claude Pinson, d'extraits d'oeuvres antérieures traitant déjà de la même question, comme J'habite ici (Joca Seria, 1999) et Autrement le monde (Joca Seria, 2016).

 

Après ces lectures, les deux auteurs auraient échangé ensemble sur cette question centrale, qui aurait inervé tout le weekend : « Que peut la poésie contre la crise écologique ? » Ils ont été invités à dialoguer sur cette même question par plusieurs autres lieux, dont la librairie La Vie devant soi à Nantes, ou L'Ecole Urbaine de Lyon. Cette dernière propose fort judicieusement une captation audio d'un entretien entre les deux auteurs, réalisée lors des Mercredis de l'anthropocène. Un texte inédit de Pierre Vinclair a même été écrit à cette occasion, Un tragique manque.

 

Ces trois livres ont engendré profusion de recensions, de comptes-rendus et de notes de lecture, en ligne comme sur papier. Pierre Vinclair faisait ainsi la couverture du dernier numéro du Matricule des Anges. Nous vous renvoyons sinon à ce dossier de Poezibao sur les deux livres de Pierre Vinclair, et à cette note d'Angèle Paoli chez Terres de femmes pour Pastoral.

 

2. Josèfa Ntjam, Anna Boulanger, Pierre Vinclair, ateliers d'écriture

Anna Boulanger est autrice, illustratrice, et membre de l'Atelier du Bourg. Elle a publié plusieurs livres, jeunesse et adulte ; les deux derniers étant Birds (Le Tripode, 2016) et L'Absence (Le Tripode, 2016).

 

Anne Boulanger aurait animé un atelier d'écriture et d'illustration à partir de son propre travail sur les oiseaux et les espaces. Elle aurait également installé un atelier de sérigraphie portatif dans l'atelier de la Maison de la Poésie, qui aurait permis aux participant.e.s d'imprimer directement leurs illustrations. Un autre atelier identique aurait eu lieu dans la matinée du dimanche 7 juin.

 

Josèfa Ntjam aurait animé un atelier d'écriture sur le thème « Performer l'écriture autour de la fable révolutionnaire ». Elle avait co-animé un atelier semblable en 2018 pour la revue Atayé. « L’idée première de cet exercice était de proposer un récit avec une révolte dans un espace imaginaire et un dénouement. À quoi mène la révolte ? Quels sont ses effets ? Quelle est la solution : l’utopie, la dystopie, un entre-deux monde ? »

 

Pierre Vinclair aurait animé un atelier d'écriture dont l'exercice principal aurait été semblable à celui pratiqué dans son livre La Sauvagerie, à savoir des « dizains animaliers ». En effet, Pierre Vinclair en a écrit 449 pour construire cette somme, mais il en a également commandé 50 à des poètes et poétesses contemporain.e.s. Ce livre était donc dès son origine participatif, et l'atelier aurait été l'occasion de recueillir de nouveaux regards poétiques sur les animaux.

 

3. Sophie Loizeau, Eugène Savitzkaya, lectures croisées et table ronde

Sophie Loizeau est poète et autrice. Son oeuvre, protéiforme, traite de la sexualité, de la féminisation de la langue, et des espèces. Pour plus d'informations, nous vous invitons à consulter son site internet.

 

Eugène Savitzkaya est poète et auteur. Il écrit et publie depuis les années 1970 une oeuvre évolutive dans sa forme, allant d'une poésie dense et violente à ses débuts, vers une poésie plus aérée et attentive aux détails du quotidien dans ses dernières parutions.

 

Leurs deux livres les plus récents, Les Loups (José Corti, 2019) pour Sophie Loizeau, et Au pays des poules aux oeufs d'or (Éditions de Minuit, 2020) pour Eugène Savitzkaya, sont deux beaux textes, très différents dans la forme de ceux du début d'après-midi. En voici deux courts extraits :

 

« est un loup quiconque de la nature et par
nécessité à elle
un faisan
n’est déjà plus un loup
si [élevé puis relâché et tiré] »

 

« De même que les poules avaient disparu, les enfants s’avéraient introuvables, s’étant séparés d’un monde qui les niait. Du lourd sommeil des humains adultes montait l’âcre et sure odeur de la pourriture et de la mort. »

 

Une brève lecture des Loups a été faite par Jacques Bonnaffé sur France Culture. Et là encore, de nombreuses recensions des deux livres sont disponibles en ligne ou sur papier. À propos d'Au pays des poules aux oeufs d'or, nous vous invitons à consulter celle d'Hugo Pradelle pour En attendant Nadeau, Un conte puissant. À propos des Loups, nous vous invitons à consulter celle de Patrice Beray pour Mediapart, Dans les contrées poétiques de Sophie Loizeau.

 

Après ces lectures, Sophie Loizeau et Eugène Savitzkaya auraient échangé ensemble sur l'idée de « poésie animale ». L'une traite, le titre de son livre le dit, de la place des loups, symboliquement et physiquement, dans notre société. Espèce menacée, elle entretient un rapport ambigüe dans l'esprit des hommes, entre méfiance et fascination. Aujourd'hui, sa préservation est devenue un enjeu politique, et mérite à plus d'un titre d'être mise en mots. L'autre, dans un conte étrange à sa manière, peuple tout un univers, sorte d'Eden, d'une foultitude d'animaux (les deux protagonistes principaux sont un héron et une renarde), et se sert de la disparition des poules comme d'une métaphore autant des sociétés totalitaires que de l'extermination de masse moderne des espèces animales.