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septembre, octobre, novembre, décembre 2011


Bernard  Bretonnière, connu pour ses listes, auteur d'une dizaine de  livres, est aussi, et entre autres,  collecteur de scènes issues de la vie ordinaire, lecteur assidu, glaneur de citations, familier des dictionnaires, flâneur des estuaires de Loire, grand connaisseur (et passeur) de l'écriture théâtrale contemporaine, fin gourmet en mets comme en mots et lexicographe officiel de la revue Dans la lune. Ces activités, on en oublie, sont liées à son insatiable curiosité et à son envie de  relier les êtres entre eux. S'y ajoute un désir de sonder, dans des proses ou des énumérations cadencées, ce qui touche de près ou de loin sa mémoire et son présent, autrement dit sa vie. Cela se fait avec distance, en quelques regards, touchant le vif des zones sensibles entre le rire et les larmes. Il n'a pas son pareil pour passer d'une émotion à l'autre en moins d'une phrase. Il peut, de même, équilibriste engagé sur le fil des mots, changer de palette en un clin d’œil, laissant ses listes au repos pour capter ce qui ne peut attendre en privilégiant poèmes, contes, séquences en prose, notes critiques ou portraits ciselés. C'est sa façon de dire (sans le dire) que quiconque s'aviserait de fixer telle ou telle étiquette à son nom risquerait de se tromper au moins une fois sur deux.

Jacques Josse




Une douce volée de gongs (Thaïlande, Bali, Birmanie et Chine) pour ouvrir, façon clin d’œil ou d’oreille, cette résidence.
« Mister listeur »* avait éprouvé un singulier plaisir à lire accompagné du percussionniste Jean « Popof » Chevalier une après-midi de mai 2008 au Jardin des Latitudes de la Maison-Gueffier (La Roche-sur-Yon) ; réjouis de cette bonne entente, ces deux-là s’étaient promis de « refaire quelque chose » ensemble. Le discret mais fameux complice de Dexter Gordon, James Moody, Keith Rowe, Joachim Kühn ou Jacques Di Donato, excusez du peu, apportera donc les superbes instruments qu’il transporte depuis plus de dix ans dans le monde entier pour jouer, improviser, en solo ou en agrément de films muets et autres vidéos, et qui, avec la complicité de François Ripoche, autre jazzman d’exception, avaient si magistralement rythmé l’envoûtant spectacle mis en scène et interprété par Gilles Blaise, Artaud Le Mômo.











Hélène Lanscotte lit à voix haute avec la Compagnie La Voie des livres. Elle chuchote à l’oreille aussi, avec les Souffleurs-Commandos poétiques. Ceux à qui ils « soufflent » sont sur le champ emportés en eux-mêmes.
Ils sont durablement marqués par cette  expérience.

Hélène dit : Écrire est mon acte, celui qui m’engage…
Mes aventures d’écriture sont autant de voix qui disent l’impressionnable des êtres.

Dans Simplement descendu d’un étage (Cheyne 2002), humains et éléments naturels se cherchent, pratiquent des échanges, s’empreintent mutuellement.  Ma femme aime la vie – et la vie laisse des traces. Dans cette attente,  tous les jardins étaient des brouillons de jardins.

Dans portraits sauvages (L’Escampette 2007), on fait des rencontres déroutantes, on lit l’histoire dans les pierres, on veut porter sur soi une pierre qui ressemble à celle qu’on aime : Cela m’est bien égal d’être tordu à cause d’elle ; si c’est ça penser très fort à quelqu’un, être plus lourd d’une épaule et plus léger du cœur.

Dans  Rouge avril (L’Escampette 2011), il y a le rouge d’une robe : Il aurait vu son rire, un aimant affolé par tout ce cramoisi. Celle qui la porte, Elle avait fait le tri entre les nuages et le ciel / Mis de côté les uns / Garder l’autre serein. Le livre se termine : Et soudain la porte se met à battre sans nous.

Des portes, elle en ouvre, Hélène Lanscotte, bien des ouvertures et possibilités d’échappées sont ménagées.
Au lecteur funambule de cheminer !

Rémy Jacqmin


 


Les courants de sympathies rapprochant sans doute plus sûrement que ceux de coteries, « le poète énumérateur »* a manifesté le désir de retrouver l’oulipien Frédéric Forte et l’accordiniste Francis Jauvain pour cette soirée. Outre leurs généreuses natures, du premier il apprécie les poèmes que l’on élucide comme des jeux savants bourrés d’astuces et de trouvailles, du second la redécouverte virtuose de cet accordina résolument contemporain qui accompagne miraculeusement les textes lus, tout autant capable de hard rock que de spleen argentin ou d’allegria italienne. Pour cette soirée, F.F. a lancé à B.B. le pari d’une Liste commune spécialement écrite à quatre mains.

* François Bon


Le blog du résident









Je m’en tiendrai pour cette présentation à un seul recueil « Le temps par moments » tant il me paraît emblématique de l’œuvre qui en compte une douzaine tous parus aux éditions Rougerie. Je me demande si ce recueil n’a pas eu pour support premier un journal dont l’auteur aurait retenus et retaillés quelques passages. Ces derniers se convertissant en moments électifs dont la parole si fortement condensée évoque, pour moi, l’image de la pierre. Je veux dire celle qui résiste à l’écoulement ordinaire. Ainsi est balisé le chemin du livre. Façon évidemment de ne point s’égarer, de ne pas se laisser emporter sans voir, sans dire ce qui nous entoure.
Le poète traque l'instant. Une fois saisi, il ne s'en défait pas.
Il l'approfondit et y découvre le temps vrai. Sinon vibration d'éternité du moins critique des apparences molles. Et cependant le texte qui fixe cet instant laisse un goût d'amertume.
Il butte sur la question :
Quel est le lieu pur
où les visages se démasquent
en se retirant des miroirs
D'où le ton âpre de Mathé qui est aussi bien revendication
de dépouillement.

Défais - toi encore un peu plus de toi

Puis dans un autre poème, il me semble que la raison en est pointée.
un instant tout gagne en clarté
reprend l'équilibre
Les textes progressent par touches successives. Les mots ne font que les frôler.
comme l'air autour de l'oiseau
Aucune vision catégorique. La relation au monde est faite d'effleurements afin qu'il se lève plus librement, qu'il ne soit pas dérangé par une attente fébrile. S'il se donne c'est dans le presque rien des choses passagères. Elles nourrissent la présence au réel et en dévoile le caractère énigmatique.
quelque chose monte à nos lèvres
qui n'est ni mot ni voix
un souffle
et sa buée pour énigme
La vie c'est par moments  écrivait Georges Perros. Ce livre en apporte la démonstration. Il s'écrit et se retire dans un même mouvement afin
qu'on laisse enfin passer le vent
et la beauté de l'invisible dans les rues

Michel Dugué